Une étude des Nouveaux environnements d’apprentissage dans l’enseignement scolaire a été effectuée dans le cadre de l’initiative et du plan d’action eLearning. Le présent article constitue une libre adaptation du résumé de cette étude et donne une vue d’ensemble de certains des principaux aspects des conclusions du rapport.
Ces conclusions tendent à indiquer une nette évolution vers un nouveau modèle d’apprentissage qui marque l’abandon de l’instructionnisme et une réorientation vers le constructivisme. Autrement dit, les visions constructionnistes du futur système éducatif semblent être globalement partagées.
Qu’est-ce qu’un environnement d’apprentissage ?
Toutes les définitions théoriques des nouveaux environnements d’apprentissage mettent en avant le fait qu’un environnement d’apprentissage est un cadre ou une communauté où diverses activités sont mises en œuvre dans le but de favoriser l’apprentissage, et que les apprenants peuvent s’appuyer sur plusieurs ressources. Elles mettent aussi l’accent sur la conception constructiviste de l’acquisition des connaissances et sur le recours aux TIC.
Vers un nouveau modèle d’apprentissage
Une série de changements potentiels sont communément envisagés.
Considérer les élèves en tant qu’individus. L’idée est désormais qu’il faut avant tout se préoccuper des élèves en tant qu’individus et de leurs possibilités de devenir plus actifs et de prendre davantage en charge leur propre processus d’apprentissage.
Planification de l’apprentissage selon les styles d’apprentissage individuels. Cet aspect semble étroitement lié à une deuxième caractéristique substantielle du nouveau modèle d’apprentissage, à savoir la différentiation pédagogique, qui souligne la nécessité de planifier l’apprentissage différemment pour chaque élève, afin de leur permettre de travailler selon leur style d’apprentissage individuel et à leur propre rythme. Cette approche est fondée sur une idée de l’intelligence plus large que l’intelligence littéraire traditionnelle.
Accent mis sur la participation sociale. Parallèlement, l’accent est davantage mis sur la participation sociale. De ce fait, l’objectif est avant tout d’utiliser les capacités de communication et de collaboration des enfants.
Modification du rôle des enseignants. Il y a un changement dans la perception de ce qu’est le rôle approprié de l’enseignant. La relation pédagogique à sens unique enseignant-élèves fait place à des processus davantage fondés sur le groupe ou sur la relation d’élève à élève, où les enseignants agissent plus systématiquement comme conseils, guides et superviseurs auprès des étudiants, tout en leur fournissant des cadres pour les assister dans leur processus d’apprentissage.
De la reproduction à la construction des connaissances. Un important aspect du passage à un autre modèle d’apprentissage est la préférence qui est désormais donnée à la création de savoirs plutôt qu’aux contenus et à l’aptitude à reproduire des faits et des connaissances. Les élèves devraient être des participants actifs dans la construction des savoirs à travers leur propre processus d’apprentissage, en travaillant seuls ou avec leurs pairs. L’expérimentation et l’exploration sont d’importants aspects de cette démarche active de construction des connaissances.
Réorganisation de la situation d’apprentissage. Le nouveau modèle part du principe que l’acquisition des connaissances sera favorisée par des modes de réorganisation de la situation d’apprentissage dépassant les manières de pensée traditionnelles (qui sont liées au programme), mettant en œuvre des approches pluridisciplinaires et modifiant radicalement l’aménagement et l’organisation du temps de travail des apprenants et des enseignants.
Le rôle des TIC
De l’avis général, semble-t-il, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication peut jouer un rôle d’appui important dans ces évolutions vers un nouveau modèle d’apprentissage, voire constituer un formidable vecteur de transformation. Pour la plupart des personnes ayant participé à l’étude, les TIC sont à l’origine d’une véritable révolution du système éducatif. L’étude conclut cependant que tel pourrait être le cas, mais qu’il n’est pas du tout inévitable qu’il en soit ainsi. Selon les auteurs, les TIC pourraient soit appuyer et préserver les méthodes traditionnelles, soit constituer un moyen – ou un appui – pour changer les méthodes pédagogiques et l’organisation de la situation d’apprentissage.
Six exemples concrets de bonnes pratiques ont été analysés dans le cadre de l’étude. Tous corroboraient la conclusion préliminaire des auteurs, à savoir que les nouveaux environnements d’apprentissage ne sont pas tant tributaires du recours aux TIC elles-mêmes, mais plutôt de la réorganisation de la situation d’apprentissage et de la capacité des enseignants à utiliser la technologie pour appuyer des objectifs pédagogiques qui transforment les activités traditionnelles d’acquisition des connaissances.
Sur la base de ces études de cas, il est apparu que si les TIC sont utilisées pour appuyer des méthodes d’apprentissage entièrement nouvelles et innovatrices, créant ainsi de nouveaux environnements d’apprentissage dans toute l’école, ce processus n’a rien à voir avec les technologies de l’information en tant que telles. Les changements qui en résultent se sont révélés être beaucoup plus liés au style de gestion, aux attitudes des enseignants, à leur formation, aux approches pédagogiques et aux nouveaux modes d’apprentissage. Dans tous les exemples de bonnes pratiques, l’intégration des TIC n’était pas un objectif en soi mais un simple mécanisme pour atteindre des objectifs précis d’acquisition de connaissances.
Certaines des caractéristiques générales propres aux environnements d’apprentissage novateurs où les TIC sont utilisées à l’appui de nouveaux modes d’apprentissage peuvent se résumer comme suit :
L’utilisation des TIC donne aux écoles la possibilité de collaborer avec d’autres institutions (culturelles et éducatives) et leur permet d’accéder à de nouvelles formes de matériel didactique / multimédia.
Cependant, l’utilisation innovatrice de la technologie n’intervient le plus souvent que dans la salle de classe, et non pas entre classes, à l’échelle de l’établissement ou entre les écoles et d’autres institutions et organisations.
Les TIC sont essentiellement utilisées pour des activités de collaboration et de communication et pour la production et la recherche d’informations.
Les TIC sont moins souvent utilisées pour jouer à des jeux et faire des simulations ou d’autres expériences, mais de telles activités ont néanmoins été observées.
Les TIC sont souvent un catalyseur du changement, mais elles ne déterminent pas en elles-mêmes la direction du changement.
Principaux défis des nouveaux environnements d’apprentissage
Parmi les principaux défis recensés par l’étude, citons :
La nécessité d’évaluer en de nouveaux termes. Les écoles ressentent le besoin d’évaluer et d’apprécier les processus d’apprentissage de leurs élèves selon de nouvelles modalités plus conformes aux nouvelles méthodes, qui ne figurent pas dans l’actuel système des examens nationaux, dans aucun pays d’Europe.
Le parti pris du maintien des traditions crée des problèmes à plusieurs égards. En premier lieu, les élèves n’obtiennent aucun diplôme (ou équivalent) pour les nouvelles compétences qu’ils ont acquises, bien que l’on reconnaisse leur importance pour le futur développement de nos sociétés. En second lieu, certains enseignants et parents nourrissent encore des inquiétudes quant à la capacité des nouvelles méthodes à garantir que les élèves scolarisés dans les établissements où elles sont appliquées réussiront aussi bien aux examens nationaux que les élèves des écoles utilisant les méthodes traditionnelles.
Les doutes concernant les nouvelles méthodes. Parmi les parents et dans le débat public sur les nouveaux environnements d’apprentissage, des doutes ont été exprimés au sujet de la capacité de ces écoles à enseigner les compétences exigées pour l’obtention des examens nationaux. Leurs élèves ont-ils le même niveau que ceux venant d’établissements qui s’appuient sur des méthodes plus traditionnelles ? Leur capacité à fournir un soutien et un enseignement aux enfants ayant des besoins spéciaux a aussi été mise en question. L’objectif de cette étude n’était pas de voir si ces doutes étaient justifiés. Cependant, les élèves de deux des écoles étudiées ont fait preuve d’une excellente réussite aux examens nationaux en se classant au deuxième rang dans les comparaisons nationales. Certains de leurs enseignants ont par ailleurs affirmé que les technologies de l’information s’étaient révélées être un outil formidable pour aider les enfants ayant des besoins particuliers, quels qu’ils soient. Ainsi, les enfants dyslexiques tirent le plus grand profit de logiciels qui peuvent appuyer l’amélioration de leurs compétences en lecture en leur lisant des textes à voix haute, ou qui les aident à vérifier leur orthographe. Des enfants ayant d’autres besoins spéciaux, notamment ceux atteints de problèmes moteurs, peuvent aussi retirer un avantage de l’utilisation des TIC.
Les doutes concernant la réorganisation. Dans certaines des écoles visitées, il semble y avoir un dilemme entre la volonté de réorganiser le mode d’apprentissage et diverses autres considérations. Par exemple, des parents doutaient de la valeur d’une réorganisation à tous les niveaux (horaires, âge, matières), essentiellement parce qu’ils se demandaient si leurs enfants obtiendraient d’aussi bons résultats aux examens nationaux que ceux des autres écoles. De plus, les enseignants se montrent parfois réticents car la mise en place de nouveaux modes d’organisation donne au départ un surcroît de travail. Cependant, tous ceux avec qui nous nous sommes entretenus ont déclaré que le fait de travailler plus étroitement avec leurs collègues avait été très profitable à de nombreux points de vue. D’après leur expérience, se lancer dans une telle entreprise valait la peine à long terme, car leur travail était devenu beaucoup plus intéressant et leur motivation s’en était trouvée accrue d’autant.
Les difficultés de l’apprentissage autonome. Des doutes ont également été exprimés en arguant du fait que la structure de travail et la motivation requises par l’apprentissage autonome seront plus difficiles pour des enfants ayant des problèmes d’apprentissage, ou pour des enfants qui trouvent simplement l’école ennuyeuse et ont du mal à se motiver. Ils pourront plus facilement y échapper dans un environnement d’apprentissage individualisé. En réponse à ces critiques, les responsables de certains établissements ont souligné que les enfants ayant des problèmes d’apprentissage ont été les premiers bénéficiaires de la mise en œuvre d’approches de pédagogie différenciée.